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Requiem pour les abeilles.

Les abeilles contribuent à 75% de la pollinisation des plantes que nous cultivons, leur importance est donc non seulement cruciale pour l’écosystème mais aussi pour l’homme. Les pesticides ne se contentent pas de repousser les insectes nuisibles, ils ont aussi des effets dévastateurs sur les abeilles.

Bruxelles - Berne, le 29 avril 2013

La majorité des Etats membres de l’UE se sont prononcés pour l’interdiction, pendant 2 ans, de l’utilisation de 3 pesticides tueurs d’abeilles, produits par Bayer et Syngenta, sur les cultures de colza, de maïs, de tournesol et de coton. L’Office fédéral suisse de l’agriculture (OFAG) suit le mouvement et suspend, pour le moment, l’usage de ces pesticides sur les cultures de maïs et de colza. C’est un premier pas important pour la protection des abeilles. Mais pour elles, ce n’est guère plus qu'un sursis…

Berne, le 28 février 2013

Avec le soutien d’apiculteurs, Greenpeace Suisse vient de remettre aujourd’hui aux autorités fédérales une pétition pour protéger les abeilles. 80 103 personnes exigent l’interdiction de pesticides dangereux pour les abeilles. Ces signatures ont été récoltées en moins d’une année.

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Nos abeilles

Les abeilles domestiques ou mellifères et les abeilles sauvages exercent un rôle majeur dans la production de notre nourriture. D’autres insectes tels que les papillons et les mouches font aussi un précieux travail de pollinisation. Sans eux, les hommes et de nombreuses espèces animales seraient privés d’une partie des aliments constitutifs de leur régime de base. La production mondiale de nourriture dépend à 35% des insectes pollinisateurs. Sur les 100 espèces végétales qui fournissent 90% de la nourriture dans le monde, 71 dépendent des abeilles pour leur pollinisation. 4000 variétés de légumes cultivés en Europe n’existeraient pas sans le travail assidu des abeilles.

Depuis quelques années, on observe dans le monde entier un déclin massif des abeilles. Les causes sont multiples: nos paysages sont de plus en plus monotones, privant les abeilles de précieuses ressources alimentaires et vitales. La disparition de prés fleuris, d’herbe, d’arbustes et d’arbres appauvrit la diversité alimentaire.

Les abeilles ont aussi à lutter contre les parasites et les maladies. Dans les champs et les jardins, l’homme pulvérise des produits chimiques pour éliminer nuisibles et mauvaises herbes. Nombre de ces produits affectent les abeilles.

Faits importants

Dans quelle proportion le déclin des abeilles touche-t-il la Suisse?

Les Nations Unies ont déclaré le déclin des abeilles comme un problème global. Il concerne principalement l’hémisphère nord, c’est-à-dire l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Asie. Depuis 1998, on constate en Europe le déclin de 30% des colonies d’abeilles. En hiver 2011/12, la Suisse a perdu 50% de ses colonies. Mais les plus grosses pertes sont arrivées au printemps, car de nombreuses colonies n’ont pas survécu à l’hiver. Tous les cantons ont été plus ou moins touchés par ce phénomène. 50% correspond à 100 000 colonies d’abeilles. Ce sont les pires pertes enregistrées depuis que les chiffres sont systématiquement relevés. Pour les apiculteurs suisses, la valeur économique représente une perte de quelque 25 millions de francs pour lesquels ils ne seront pas dédommagés.

Le déclin des abeilles ne concerne-t-il que les abeilles mellifères?

Pour survivre, les plantes de culture (fruits, légumes, légumes secs) et les plantes sauvages ont besoin d’être pollinisées. Cette fonction écologique est assumée par les abeilles mellifères, les abeilles sauvages, les bourdons, les mouches, les papillons mais aussi les oiseaux et les chauves-souris. Tous ces animaux qu’on appelle pollinisateurs sont aujourd’hui en danger. Le déclin des abeilles ne concernent donc pas uniquement les abeilles mellifères.

Vu l’utilité et l’importance des abeilles mellifères pour l’homme, nous avons davantage d’informations sur la mortalité des abeilles mellifères. Nous en savons beaucoup moins sur les autres pollinisateurs.

Ce qui ne fait aucun doute, c’est que les plantes indispensables à la survie des pollinisateurs et les biotopes où ils trouvent leur nourriture ont disparu dans des proportions inquiétantes. Selon le rapport de l’IUCN, environ 20 000 espèces de plantes à fleurs, dont dépendent de nombreuses espèces d’abeilles pour se nourrir, disparaîtront dans les prochaines décennies.

Quelle est l’importance des abeilles (sauvages) et autres insectes dans la pollinisation des plantes cultivées et sauvages?

Malgré les progrès techniques, l’agriculture dépend toujours des pollinisateurs. Les aliments de base tels que le riz, le blé, le maïs ou le soja s’autopollinisent ou sont pollinisés par le vent. Les aliments importants pour la santé tels que les fruits, les légumes ou les fruits secs sont pollinisés par les animaux. Pour certaines plantes, la pollinisation par les animaux augmente le rendement et la qualité du produit. Les animaux pollinisateurs sont également importants pour la production de semences.

L’ensemble des plantes ayant besoin des insectes pollinisateurs produit 35% de la nourriture mondiale, pour 5% d’entre elles on ne sait pas exactement comment elles sont pollinisées. En Europe, 4000 variétés de légumes sont pollinisées par les abeilles. Dans les cultures végétales à grande échelle, le rôle des abeilles est essentiel.

L’homme les utilisent de manière ciblée pour polliniser les plantes cultivées et sauvages. En Amérique du Nord, les agriculteurs paient les apiculteurs pour déposer leurs colonies dans les plantations de légumes et de fruits. À cause du déclin des abeilles, la «location» d’une colonie d’abeilles est devenue extrêmement chère. En Suisse, l’apiculture n’est pas considérée comme un secteur professionnel et les apiculteurs ne sont pas dédommagés pour le déclin de leurs colonies.

Les abeilles mellifères sont importantes pour la pollinisation, mais elles ne sont pas les seules à faire ce travail. Il est capital de protéger et de préserver les abeilles mellifères et autres pollinisateurs.

Quelles sont les raisons du déclin des abeilles?

Les principales raisons du déclin des abeilles sont les nouvelles maladies comme l’acarien Varroa, la disparition des biotopes, les dommages liés aux insecticides et de manière générale, une diminution des résistances immunitaires.

Espace vital

L’uniformisation des paysages n’est pas seulement inesthétique. Ces dernières décennies, les abeilles ont tout simplement été privées de la nourriture dont elles ont besoin. Les champs et surfaces agraires de monocultures ont remplacé les haies, les arbres, les bordures végétales, les cours d’eau ou la biodiversité en bordure de forêt.

Si les abeilles mellifères survivent parce qu’elles sont nourries et protégées des ravageurs par l’homme, les abeilles sauvages ont en revanche impérativement besoin d’espaces vitaux intacts. Elles y trouvent non seulement de quoi se nourrir mais aussi où construire leurs nids. Selon le rapport l‘IUCN, environ 20 000 espèces de plantes à fleurs pourraient être perdues dans le monde entier au cours des prochaines décennies.

Les chercheurs formulent l’hypothèse qu’avec la destruction des espaces vitaux dont profitent les parasites, les abeilles mellifères seraient moins résistantes aux parasites et aux maladies. En effet, ces derniers ont moins d’ennemis naturels dans un paysage monotone.

La pollution de l’air et de l’eau affecte également les abeilles.

Les conclusions ne sont pas définitives sur l’influence des champs électromagnétiques sur les insectes.

Pesticides

Les pesticides employés dans l’agriculture mais aussi dans les champs, les jardins et les parcs affectent les abeilles. Les fabricants eux-mêmes ne nient pas qu’un contact direct avec ces produits est extrêmement toxique pour les abeilles. Même exposées à faible dose mais de manière constante, les effets sont ravageurs. C’est-à-dire que les abeilles sont non seulement affectées lorsqu’elles sont exposées régulièrement à de faibles doses de pesticides, mais aussi lorsqu’elles sont en contact avec leurs résidus dans le nectar, le pollen et l’eau, les plantes de cultures et autres végétaux.

Les pesticides dits systémiques sont particulièrement dangereux pour les abeilles, car ils ne sont pas seulement pulvérisés sur les végétaux mais pénètrent dans toute la plante. En font partie les insecticides de la classe des néonicotinoïdes utilisés depuis les années 90 en traitement prophylactique sur les semences ou les sols ou pulvérisés directement sur les cultures. Les néonicotinoïdes sont cent fois plus toxiques que d’autres insecticides. Un seul grain de maïs enduit de 0,5 mg de clothianidine peut tuer 80 000 abeilles.

Les substances actives comme l’imidaclopride, la clothianidine, le thiaméthoxame ou le fipronile produites par les multinationales agroalimentaires Bayer et Syngenta sont particulièrement visées.

Les abeilles peuvent entrer en contact de différentes manières avec les néonicotinoïdes:

  • Exposition intensive lors des semis de semences traitées
  • Faible exposition permanente
  • Résidus dans le pollen ou le nectar (même de plantes non traités mais présents dans le sol/l’air)
  • Résidus dans la rosée que boivent les abeilles
  • Résidus dans le pain d'abeilles dont se nourrissent les larves

Sur les 2000 tonnes de pesticides utilisés en Suisse, 3 appartiennent à la classe des néonicotinoïdes (pesticides systémiques). Selon le Conseil fédéral, les semences traitées aux néonicotinoïdes sont utilisées sur 5 à 10% des cultures de maïs, 100% des cultures de colza, 95% des betteraves à sucre et 10% des céréales.

Des études récentes montrent que l’exposition régulière à ces substances toxiques provoque chez les abeilles des troubles de l’orientation et de la communication, complique la recherche de nourriture et détruit leur système de croissance et de reproduction. En contact avec l’imidaclopride et le thiaméthoxame, les abeilles ne retrouvent plus leur ruche et se perdent dans la nature.

De plus, l’utilisation de néonicotinoïdes en combinaison avec d’autres pesticides multiplie par mille la toxicité d’un produit contenant du néonicotinoïde.

Parasites et maladies

L’acarien Varroa, originaire d’Asie, est aujourd’hui le principal ennemi des colonies d’abeilles en Europe et en Amérique du Nord. L’acarien Varroa transmet le virus de déformation des ailes (deformed wing virus, DWV). Les larves présentent des ailes atrophiées et les abeilles meurent prématurément. Il provoque aussi la mort du couvain. Les abeilles adultes servent de réservoir au virus et, dans le pire des cas, la colonie s’effondre en quelques jours.

Les colonies d’abeilles peuvent aussi être intoxiquées par d’autres acariens, maladies virales ou bactériennes.

Les scientifiques supposent que la combinaison de plusieurs facteurs (environnement de monoculture avec une nourriture insuffisante ou peu diversifiée et exposition constante à des doses faibles ou élevées de pesticides chimiques) ont des répercussions négatives sur le système immunitaires des abeilles.

Sans oublier que les antibiotiques et les insecticides chimiques utilisés pour combattre les parasites ont des effets néfastes sur la santé d’une colonie d’abeilles.

Comment stopper le déclin des abeilles?

Les abeilles consommeraient bio. L’absence de pesticides chimiques et la biodiversité comme le pratique l’agriculture bio leur est favorable.

Il faut interdire les insecticides qui tuent les abeilles comme les néonicotinoïdes. Des études réalisées en Italie ont montré non seulement qu’utiliser des semences non traitées n’entraînait pas forcément une baisse du rendement des cultures, mais était aussi bénéfiques pour les abeilles: en hiver, une colonie perdait nettement moins d’individus.

Les moyens déployés pour la recherche et les subventions directes doivent financer des systèmes de cultures sans pesticides chimiques. L’agriculture biologique est un système à part entière dont la biodiversité fait partie intégrante.

Il faut mieux informer sur l’importance des pollinisateurs pour la production alimentaire. C’est la seule solution pour qu’ils soient considérés à leur juste valeur et protégés.

Quelques mesures simples peuvent être mises en œuvre pour améliorer les conditions de vie des abeilles: installer des «ruches-hôtels» pour les abeilles sauvages, semer des prés de fleurs indigènes et réduire les pesticides.

Jusqu’ici, l’élevage d’abeilles mellifères étaient principalement orienté sur la production intensive de miel et le côté philanthrope de l’activité. Il faut changer les mentalités. Le but de l’éleveur doit être d’avoir une colonie en bonne santé et un bon rendement.

Pourquoi Greenpeace stigmatise-t-elle les pesticides alors que le déclin des abeilles est principalement attribué à l’acarien Varroa?

Il existe de multiples causes au déclin des abeilles. Il faut donc proposer une large batterie de solutions. Il est indispensable mais aussi très long de passer à des méthodes naturelles pour lutter contre les parasites et protéger les biotopes naturels. Avant que les objectifs puissent être atteints dans ce domaine, il faut mettre en place des mesures efficaces à court terme. La gravité de la situation exige une intervention à tous les niveaux: réduire les pesticides peut être fait immédiatement. Pour protéger les abeilles et beaucoup d’autres animaux, les néonicotinoïdes sont partiellement interdits en France, en Italie et en Slovénie. Il faut interdire dès maintenant les pesticides systémiques et autres produits chimiques néfastes pour l’environnement et la santé. Imposer la culture biologique est la solution et elle a fait ses preuves (agriculture bio, directives IP).

Que font la Suisse et l’Europe pour lutter contre le déclin des abeilles?

L’acarien parasite Varroa destructor est le principal responsable et la cause la plus visible du déclin des abeilles au niveau mondial. Il est donc particulièrement urgent de le combattre et les chercheurs suisses s’y consacrent. Mais il est aussi urgent de mieux étudier les liens entre les produits toxiques pour l’environnement, la disparition des biotopes et la vulnérabilité accrue des colonies d’abeilles aux maladies.

Alors que la France, l’Italie et la Slovénie ont au moins limité l’utilisation des néonicotinoïdes, la Suisse, elle, ne voit aucune raison d’agir. Il faut que cela change!

Il faut également débloquer plus de moyens et promulguer des directives appropriées pour l’agriculture biologique. Il faut que la production alimentaire sans produits chimiques et respectueuse des écosystèmes devienne la norme.

Que puis-je faire personnellement contre le déclin des abeilles?

  • Je consomme des aliments biologiques
  • Je n’utilise aucun pesticide chimique dans mon jardin – il existe suffisamment d’alternatives biologiques
  • Je ne plante que des fleurs et arbustes indigènes dans mon jardin (source de nourriture pour les insectes indigènes!)
  • Sur le rebord de ma fenêtre, je sème un mélange de fleurs sauvages (source de nourriture pour les insectes indigènes!)
  • Je m’engage au niveau local, cantonal et national pour la promotion de la biodiversité et de l’agriculture biologique

À quoi sert la pétition sur les abeilles?

La pétition s’adresse aux politiques et aux autorités. Les activistes de Greenpeace la remettront au parlement et aux autorités compétentes au printemps 2013.

Chaque année,
2000 tonnes de pesticides
sont utilisées en Suisse
pour les cultures agricoles

Raisons

Des paysages de plus en plus monotones entraînent l’appauvrissement de la biodiversité et la disparition d’écosystèmes intacts, principales causes de mortalité des abeilles. L’abeille a besoin d’une nourriture diversifiée qu’elle trouve dans différentes plantes à fleurs. L’UICN table sur l’extinction de 20 000 plantes à fleurs supplémentaires dans les décennies à venir. Contrairement aux abeilles élevées par l’homme, l’abeille sauvage a besoin de biotopes intacts pour construire son nid. Mais ceux-ci sont de plus en plus rares.

Les parasites, les virus et les bactéries attaquent aussi la santé des abeilles. Actuellement, l’acarien varroa constitue une menace mondiale pour les colonies. De très nombreux apiculteurs sont confrontés à ce problème. Les premiers rapports indiquent que le contact régulier avec les produits phytosanitaires affaiblit le système immunitaire des abeilles.

Chaque année, 2000 tonnes de pesticides sont utilisées en Suisse pour les cultures agricoles, mais aussi dans les jardins et les espaces verts publics. Et ce, pour lutter contre les insectes nuisibles et les mauvaises herbes.

Les herbicides à large spectre détruisent la biodiversité et privent ainsi les abeilles de leur milieu naturel. Les insecticides tuent non seulement les nuisibles mais aussi les animaux utiles. Contrairement aux traitements de surface, les pesticides systémiques se diffusent dans l’ensemble de la plante. Soit on traite au stade de la semence, soit le produit est pulvérisé plus tard sur la plante. Les abeilles sont exposées à ce poison tout au long de la période de végétation. Dans ce groupe de produits, les substances actives comme l’imidaclopride, la clothianidine, le thiaméthoxam ou le fipronil sont extrêmement toxiques pour l'abeille. Elles affectent leur sens de l’orientation et peuvent causer une surmortalité des colonies d’abeilles.

Mais la pollution atmosphérique est elle aussi préjudiciable à l’abeille, car le parfum des fleurs se diffusent moins loin et les abeilles ont alors plus de difficultés à trouver leur nourriture.

La mortalité des abeilles

Depuis la fin des années 90, les apiculteurs constatent en Europe et en Amérique du Nord un recul inhabituel du nombre de colonies. Les pays d’Europe centrale et du Sud sont les plus touchés – la Suisse y compris.

Il n’existe encore aucun chiffre exact quant au nombre d’abeilles sauvages et autres insectes pollinisateurs touchés.

«More than honey» -
un film de Markus Imhoof

Depuis une quinzaine d'années, de nombreuses colonies d’abeilles sont décimées partout dans le monde. Les causes de cette hécatombe ne sont pas encore établies. Selon les régions du monde, ce sont entre 50 et 90% des abeilles qui ont disparu.

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Interview avec Markus Imhoof

Interview avec Markus Imhoof

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Markus Imhoof, votre dernier film «More than Honey» est un documentaire très personnel sur le déclin des abeilles aux images bouleversantes. Quelle a été votre motivation?

Ce n’est pas un simple film sur les abeilles. Je voulais mettre les grands problèmes de ce monde en lien. Pour cela, je me suis concentré sur les abeilles que je connais pour avoir grandi avec elles. Mon grand-père était apiculteur, ma fille et mon gendre les étudient, ce que l’on voit d’ailleurs dans le film. Le déclin des abeilles illustre de manière exemplaire le fait que la terre est comme un immense mobile. Si on accroche trop de poids d’un côté, ou si on agit quelque part de manière unilatérale, comme avec l’élevage de masse des animaux, l’équilibre du Tout est rompu. Il n’y a pas que pour les abeilles que l’homme a détruit l’équilibre naturel.

Dans votre film, vous citez Einstein: «Si les abeilles venaient à disparaître, l'humanité n'aurait plus que quatre années devant elle». Pourtant, contrairement à beaucoup d’autres documentaires critiques, «More than Honey» ne laisse pas une impression d’impuissance.

C’est peut-être parce que je ne fais pas la morale en disant: «C’est la faute de ceci ou cela, il faut absolument faire ceci ou cela, même si cela paraît impossible». On trouve un brin d’optimisme dans le film avec l’histoire de l’abeille tueuse, une race produite par l’homme, mais qui s’est échappée des laboratoires et s’est aujourd’hui émancipée pour se reproduire à une vitesse incroyable. Il est bien possible que cette abeille agressive et résistante survive à l’homme. La nature reprend le dessus. La question est de savoir comment l’homme assurera sa survie: comment nourrir la population mondiale sans détruire la terre? Quel est le rôle de l’homme sur cette planète? Certains considèrent l’homme comme un parasite. Même si c’était le cas, seul le plus idiot des parasites finit par tuer son hôte.

Pour le tournage, vous avez observé plusieurs colonies d’abeilles sur une longue période, vous avez interrogé des chercheurs et des apiculteurs et vous connaissez l’organisation sociale d’une ruche. Pensez-vous que dans ce domaine, les abeilles soient plus intelligentes que l’homme?

Il est en effet extrêmement intéressant de réfléchir à cette question. Nous avons rassemblé un immense savoir sur ce qu’il conviendrait de faire. Le programme alimentaire mondial des Nations Unies par exemple déclare très clairement que l’humanité ne pourra se nourrir qu’en développant une agriculture locale à petite échelle. Parce que c’est la seule solution durable, c’est-à-dire qui puisse assurer à long terme la survie des populations. Mais depuis longtemps, nous faisons exactement le contraire et le monde évolue globalement dans la mauvaise direction. L’individualisation de la société me semble en être la cause. Aujourd’hui, l’idée de faire partie d’un Tout est une notion totalement étrangère à beaucoup de gens.

Les abeilles ont une organisation totalement différente que celle de l’homme moderne. L’individu se met entièrement au service de la collectivité. «More than Honey» le montre avec des images impressionnantes. Ne devrions-nous pas tirer des enseignements de ce mode de fonctionnement?

Ce n’est évidemment pas aussi simple. Les colonies sont parfois cruelles et égoïstes. Avant l’hiver par exemple, elles tuent les faux-bourdons pour avoir assez de nourriture pour les travailleuses et la reine. En même temps, c’est fascinant d’observer que l’essaim en tant qu’entité semble disposer d’une conscience collective ou même de sentiments et qu’il tend tout entier à assurer la survie de sa colonie. Mais le fait que tout converge vers une symbiose, un phénomène que l’on observe souvent dans la nature, est un aspect encore plus intéressant à mon avis. Théoriquement, il suffirait qu’un cerisier s’autopollinise pour que les fleurs n’aient pas à produire d’aussi énormes quantités de pollen. Mais ce n’est pas le cas, au lieu de cela, il attend de recevoir le pollen d’un autre arbre. Il y a comme une espèce de consensus où chacun produit pour un autre. C’est un lien extrêmement social qui assure la survie de l’autre et ajoute au passage un autre avantage: l’échange de pollen évite l’inceste et les malformations.

Pourtant, de nombreuses races d’abeilles sont menacées d’extinction, chaque année leur nombre diminue. Pourquoi?

C’est dû à une convergence de plusieurs facteurs. Aujourd’hui, l’élevage des abeilles est industriel. Aucune colonie ne peut survivre sans médicaments. L’abeille est globalisée par l’homme, elle est mondialement instrumentalisée pour féconder les plantes. La situation dont nous sommes témoins – élevage, échanges intercontinentaux, utilisation de produits chimiques – va trop vite pour l’évolution. Les abeilles sont stressées et ne réussissent pas à s’adapter.

Dans le film vous dîtes à un moment: «Aujourd’hui, même les végétariens ne peuvent se nourrir sans l’élevage de masse des animaux». À ce propos vous donnez l’exemple des gigantesques plantations d’amandiers de Californie. Mais alors, si le régime végétarien contribue indirectement au déclin des abeilles, la situation est vraiment sans issue.

Sous divers aspects, manger végétarien est tout à fait sensé. L’empreinte écologique des végétariens est beaucoup moins importante que celle des gens qui consomment souvent de la viande. En même temps, manger des fraises en hiver ne fait absolument aucun sens. J’en ai pris beaucoup mieux conscience lorsque nous avons visité les serres. Là aussi, on utilise des abeilles issues d’élevages de masse. Malheureusement, nous avons dû nous résoudre à couper ces scènes. Mais vous pouvez facilement imaginer le scénario. Au bout d’un mois de monoculture de l’amandier, les abeilles présentent des carences et on est obligé de les soigner.

Que devrait faire l’homme pour ne pas perturber l’équilibre de l’environnement ou du mobile comme vous disiez?

Le seul fait de reconnaître que tout est relié et qu’on est une partie de ce Tout est un important progrès. La métaphore de l’équilibre peut s’employer dans de nombreux domaines. Il faut donc aussi se demander ce qui a provoqué la crise bancaire: où le système a-t-il basculé? Où avons-nous perdu le contrôle? À toute petite échelle, il est peut-être bon de réfléchir quel miel acheter ou non.

Quel miel achetez-vous?

Du miel suisse car les directives sont assez strictes ici. De préférence chez un apiculteur que je connais personnellement. J’achèterais aussi du miel d’Amérique latine des abeilles tueuses, car je sais qu’il ne contient pas d’antibiotiques. Ou du miel produit en ville. Beaucoup d’abeilles vivent assez bien en ville. C’est vrai qu’il y a moins de plantes, mais la biodiversité en ville est supérieure à celle des régions de monocultures traitées aux pesticides. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles il ne faut pas employer de produits chimiques en ville. J’ai même arrêté de traiter mon chien contre les puces avec ce produit agressif car c’est une neurotoxine qui tue les abeilles.

Ebauches de solutions

Mettre en œuvre des mesures de promotion de la biodiversité sur les terres agricoles et de protection des écosystèmes intacts pour préserver l’environnement dont les abeilles ont besoin pour vivre. En font partie: les haies, les jachères florales et les réseaux de biotopes.

L’interdiction des pesticides chimiques doit devenir la norme. Contrairement à l’agriculture conventionnelle, l’agriculture biologique n’utilise aucun insecticide chimique. L’élimination des mauvaises herbes se fait mécaniquement, la biodiversité est la norme. L’agriculture biologique utilise la diversification des cultures comme un outil pour combattre les dégâts des insectes nuisibles dans les champs.

Les jardins et parcs naturels où poussent des espèces indigènes sont d’autres atouts. Il faut aussi renoncer aux pesticides chimiques dans ces espaces et favoriser une large biodiversité.

Les abeilles
sont en danger
et ont besoin de
ton aide.

Greenpeace exige

  • Arrêter l'utilisation et la commercialisation des pesticides toxiques pour les abeilles (en particulier les substances suivantes: imidaclopride, thiaméthoxame, clothianidine, le fipronil, chlorpyrifos, cyperméthrine et la deltaméthrine sont à retirer immédiatement du marché)
  • Une stratégie nationale clairement définie pour réduire l'utilisation des pesticides en Suisse.
  • Une promotion cohérente de l'agriculture biologique et de la production optimisée intégrée.

Que puis-je faire?

Recevoir le bulletin d'information

Recevoir le bulletin
d'information

1
Consommer des produits issus de culture biologique

Consommer des produits issus de culture biologique

2
pas de pesticides chimiques

Renoncer aux produits chimiques dans mon jardin, semer des fleurs indigènes, planter des arbres ou des arbustes

3